Essai SAGA : chez les patients de 75 ans et plus, sans antécédent d'évènement cardiovasculaire, l'arrêt des statines n'est pas associé à une augmentation de la mortalité à 3 ans
Une étude nationale, coordonnée par le CHU et l'université de Bordeaux, apporte des données inédites pour éclairer les décisions de déprescription chez les personnes âgées.
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Les statines figurent parmi les médicaments les plus prescrits dans le monde pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Pourtant, leur intérêt chez les personnes âgées de 75 ans et plus, sans antécédent cardiovasculaire, restait jusqu'à présent mal documenté.
Les résultats de l'essai SAGA (Statines Au Grand Age), coordonnée par le Pr Fabrice Bonnet, chef du service de médecine interne et maladies infectieuses de l'hôpital Saint-André (CHU de Bordeaux - université de Bordeaux) et le Pr Jean-Philippe Joseph, médecin généraliste, directeur du département de médecine générale de l'université de Bordeaux, montrent que l'arrêt des statines chez ces patients n'est pas associé à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues après trois ans de suivi.
Cette étude, publiée dans la revue scientifique de référence The Lancet Healthy Longevity, constitue le premier essai randomisé d'envergure évaluant une stratégie de déprescription des statines dans cette population.

Une question de santé publique majeure
Les statines sont largement utilisées pour réduire le cholestérol et prévenir les maladies cardiovasculaires. Si leur efficacité est démontrée chez les patients en prévention secondaire ayant déjà présenté un infarctus du myocarde ou un accident vasculaire cérébral, les preuves scientifiques sont beaucoup plus limitées chez les personnes âgées traitées uniquement en prévention primaire.
Avec l'avancée en âge, les patients sont souvent confrontés à la polymédication, augmentant le risque d'effets indésirables, d'interactions médicamenteuses et de complexité des traitements. La question de l'arrêt de certains médicaments devient alors un enjeu important de qualité des soins et de qualité de vie.
Jusqu'à présent, aucune étude randomisée n'avait évalué de manière rigoureuse les conséquences de l'arrêt des statines chez les personnes de 75 ans et plus sans maladie cardiovasculaire connue.
Une étude menée dans les conditions réelles de la médecine générale
Les participants ont été suivis pendant trois ans. L'âge moyen des participants était de 81 ans. Près de 30 % étaient diabétiques et 77 % souffraient d'hypertension artérielle.
Des résultats rassurants
Après trois ans de suivi :
• 7,9 % des patients ayant poursuivi leur statine étaient décédés ;
• 7,2 % des patients ayant arrêté leur statine étaient décédés.
Les chercheurs n'ont observé aucune différence significative entre les deux stratégies concernant la mortalité toutes causes confondues, la survenue d'événements cardiovasculaires majeurs, la qualité de vie ou les événements indésirables graves.
Les résultats montrent ainsi que l'arrêt des statines est non inférieur à leur poursuite : il n'a pas entraîné davantage de décès ni d'événements cardiovasculaires que la poursuite du traitement au cours des trois années de suivi.
Une aide à la décision pour les médecins et leurs patients
Les chercheurs soulignent toutefois que ces résultats ne signifient pas que toutes les statines doivent être arrêtées systématiquement après 75 ans. Ils invitent plutôt à une évaluation individualisée du rapport bénéfice-risque.
Une étude pionnière
Ces travaux contribuent à faire progresser les connaissances sur la déprescription médicamenteuse chez les personnes âgées, un enjeu majeur face au vieillissement de la population.