L'hôpital de la manufacture

Antérieur à l'hôpital Saint-Louis, l'hôpital de la Manufacture ou "hôpital des métiers" trouve son origine en 1619 dans le testament de Mademoiselle de Tauzia, veuve de M. de Brezets, conseiller au Parlement de Bordeaux : Mademoiselle de Tauzia laissait par voie testamentaire 30 000 écus pour que "fut établi, à Bordeaux, un hôpital ou un hôtel-Dieu le plus beau et le plus commande qu'il serait possible d'édifier".



CHU de Bordeaux
Hôpital de la manufacture

Cette fondation fut faite sur l'emplacement de l'ancien hôpital de l'Enquêteur ou hôpital de Limes, quai de Paludate.
La construction de l'hôpital de la Manufacture entreprise en 1624, retardée par la Fronde, ne fut réellement achevée qu'en 1661. Les lettres patentes du roi datent du 6 juin 1662.

La Manufacture devint l'hôpital général de Bordeaux par opposition à l'hôpital Saint-André qui faisait fonction d'hôtel-Dieu et auquel se trouvait dévolu le soin du corps.
Créé à l'instar et immédiatement après l'hôpital de la Charité à Lyon, l'hôpital de la Manufacture ne doit donc pas être considéré comme un hôpital stricto sensu, mais plus comme une maison de secours ouverte aux personnes des deux sexes, du premier et du dernier âge qu'on occupait suivant leurs aptitudes et leurs métiers à travailler à des ouvrages manuels.
Au même titre que la Salpétrière à Paris ou la Vieille Charité à Marseille, il constituait l'application de la réforme de Colbert pour résoudre l'accroissement du nombre des "exclus" dû à la grave crise économique qui avait touché le royaume au début du XVIIème siècle.
Cette vocation première fit que, progressivement, bon nombre des autres établissements hospitaliers bordelais lui furent rattachés. Ainsi en 1728 -1729, l'hôpital de la Manufacture se voit doter de 6 loges pour l'enfermement des aliénés.
Il intégra, en décembre 1772, les fonctions jusqu'alors attribuées à l'hôpital Saint-Louis. Les lettres patentes de réunion replaçaient également l'affaire dans un contexte économique : "les dépenses ainsi divisées par l'existence des deux hôpitaux deviennent sans nécessité beaucoup plus fortes".
Tout au long de leurs existences parallèles, l'hôpital Saint-Louis, ainsi que l'hôpital de la Manufacture, connurent des difficultés budgétaires considérables dues certes aux manques de moyens mais aussi et surtout, à une surpopulation chronique.




©CHU de Bordeaux
Hôpital de la manufacture

L'hôpital de la Manufacture, administré par un bureau présidé par l'archevêque et composé de membres du Parlement, de jurats, de magistrats et d'hommes de loi, comptait en 1781, 678 enfants exposés ; ils étaient 899 en 1789.
De 1775 à 1784, l'afflux des enfants conduisit les administrateurs à multiplier les démarches pour trouver des ressources. Un mémoire en ce sens fut adressé à Necker par le Parlement de Bordeaux.
La période révolutionnaire accentua les difficultés ; en 1792, les revenus passèrent ainsi de 130 217 livres à 53 661 livres pour un montant de dépenses de 166 154 livres. Cette paupérisation entraîna outre une vie quotidienne déplorable, la fermeture des ateliers.

La réintégration des Filles de la Charité, chassées sous la Révolution, réactiva l'industrie des ouvroirs. Des entrepreneurs privés s'intéressèrent à cette activité laborieuse. Nous disposons de 1818 à 1836, de plusieurs inventaires des métiers enseignés, extrêmement divers : sabotier, menuisier, tailleur, cordonnier, tonnelier, maçon, vannier et tisserand.
Progressivement la médecine intégra l'hôpital de la Manufacture. Par exemple, sur 296 enfants authentiquement abandonnés en 1859, 76 devaient décéder à leur entrée et plus de la moitié étaient malades. Le service de chirurgie enregistra cette année-là, l'hospitalisation de 149 enfants.